Elle arrive souvent sans prévenir … la transition hormonale.
Un jour, son corps commence à changer. Son sommeil se dérègle. Ses règles deviennent imprévisibles. Elle se sent plus fatiguée, plus irritable, parfois anxieuse. Elle ne se reconnaît plus tout à fait.
Et surtout, elle ne comprend pas.
Alors elle cherche des réponses.
Elle consulte.
D’abord, elle prend enfin rendez-vous.
Elle décrit ses nuits hachées. Sa fatigue permanente. Son ventre qui n’est plus le même. Son anxiété qu’elle n’avait jamais connue. Cette étrange sensation de ne plus habiter son propre corps.
Elle espère repartir avec des réponses, des solutions;
Mais très souvent, elle repartira avec des phrases.
« C’est normal. » « C’est votre âge. » « Vous êtes sûrement stressée. »
En réalité, le problème apparaît lorsque naturel devient synonyme de négligeable. Lorsqu’une femme finit par croire que souffrir est simplement le prix à payer pour vieillir.
Bien sûr, toutes les femmes ne vivent pas ce parcours. Néanmoins, le manque d’information et de reconnaissance demeure une réalité. En 2025, le ministère de la Santé rappelait encore que la ménopause restait un sujet largement tabou et appelait à renforcer l’information et l’accompagnement des femmes.
Ensuite, elle rentre chez elle.
La porte se referme. Les enfants demandent de l’attention. Le dîner attend. Son partenaire remarque qu’elle est distante, fatiguée, irritable… sans toujours comprendre pourquoi.
Pourtant, elle non plus ne comprend pas toujours ce qui lui arrive.
Comment expliquer une baisse de désir sans blesser ? Comment dire que l’on a besoin de tendresse plus que de solutions ? Comment demander de la patience lorsque l’on culpabilise déjà de ne plus être « comme avant » ?
La périménopause ne met pas un couple en difficulté à elle seule. En revanche, le silence peut créer une distance que les mots auraient parfois évitée.
Enfin, elle va travailler.
Le lendemain matin, à 8 h 30, personne ne voit qu’elle a dormi quatre heures.
Personne ne sait qu’elle vient de changer de chemise après une bouffée de chaleur. Qu’elle relit trois fois le même e-mail parce que le brouillard mental brouille ses idées. Qu’elle sourit en réunion alors qu’elle lutte simplement pour rester concentrée.
Elle est là. Présente. Compétente.
Et pourtant, elle dépense une énergie considérable à paraître comme si de rien n’était.
Ce n’est pas seulement une histoire d’hormones. C’est aussi une histoire de performance, de peur d’être jugée moins fiable, moins dynamique, moins légitime parce que son corps traverse une transition dont on parle encore trop peu.
Alors oui, la société doit changer.
La société, bien sûr.
Les professionnels de santé doivent être mieux formés.
Les femmes doivent avoir accès à une information claire.
Les entreprises doivent pouvoir mieux prendre en compte cette période de la vie.
Les couples doivent pouvoir en parler.
Mais surtout, les femmes doivent pouvoir traverser cette transition sans avoir à s’excuser de ce qu’elles ressentent.
Je crois aussi que notre responsabilité est collective.
Parce que si nous voulons que cette période cesse d’être taboue, il faut commencer par ouvrir la conversation.
Avec nos filles.
Avec nos sœurs.
Avec nos amies.
Avec nos collègues.
Avec nos partenaires.
Et surtout, entre nous.
Ne pas comparer.
Ne pas minimiser.
Ne pas juger.
Écouter.
Questionner.
Partager ce que l’on sait.
Tendre la main à celle qui ne comprend pas encore ce qui lui arrive.
Parce qu’une femme qui traverse cette période ne devrait jamais avoir à prouver qu’elle souffre pour être entendue.
Elle ne devrait pas avoir à cacher son âge pour être respectée.
Elle ne devrait pas avoir à choisir entre être compétente, désirable, forte et humaine.
Au fond, ce n’est peut-être pas cette période de la vie qui doit changer.
C’est le regard que nous portons sur les femmes qui la traversent.